Le nucléaire effectue son grand retour aux États-Unis : Longtemps la cible des écologistes, l'énergie nucléaire est désormais qualifiée de verte.
Le Devoir, 24 mai 2008
Le nucléaire, longtemps brocardé par les défenseurs de l'environnement mais désormais promu énergie «verte», revient en force aux États-Unis comme en témoignent la construction de la première centrale depuis trente ans et l'arrivée sur le marché du français EDF.
En avril, Westinghouse Electric, filiale du groupe japonais Toshiba, a annoncé avoir décroché la commande d'une centrale nucléaire dotée de deux réacteurs de 1100 mégawatts près d'Augusta, en Géorgie.
Cette centrale sera la première à être construite depuis 30 ans aux États-Unis, pays qui a connu en 1979 l'un des plus graves accidents du nucléaire civil à la centrale de Three Mile Island, en Pennsylvanie.
«L'énergie nucléaire est maintenant reconnue comme une source d'énergie propre, sûre et économiquement concurrentielle», a fait valoir le p.-d.g. de Westinghouse, Steve Tritch.
«C'est passionnant de penser que, pour la première fois depuis 30 ans, nous sommes à l'aube d'une renaissance du nucléaire» aux États-Unis, exulte de son côté Mike Wallace, président d'Unistar LLC, un joint-venture formé entre la société Constellation Energy, basée à Baltimore, et EDF.
L'entreprise française vient tout juste de dépêcher aux États-Unis une escouade de cadres chargés de mener à bien le projet d'Unistar consistant à construire d'ici 2015 une centrale EPR (le réacteur de troisième génération du Français Areva) dans le Maryland.
Aides gouvernementales
Luttant pour s'arroger des milliards de dollars d'aides gouvernementales, 19 compagnies électriques ont posé leur candidature depuis 2007 pour la construction de réacteurs nucléaires, et d'autres ne devraient pas tarder à suivre.
Depuis une loi signée en 2005 par le président Bush, l'Energy Policy Act, les compagnies peuvent compter pour la construction d'un réacteur sur des prêts garantis par le gouvernement à hauteur de 18,5 milliards $US et sur des avantages fiscaux de quatre milliards $US.
Bien que 104 centrales soient encore en activité aux États-Unis, elles ne fournissent que 20 % de l'électricité consommée alors que le charbon compte encore pour la moitié.
Mais les centrales au charbon rejettent beaucoup de gaz carbonique et le désir grandissant d'une énergie non polluante, sans compter la hausse des prix de l'énergie, prennent de plus en plus le pas sur l'alarmisme des militants antinucléaires.
Le plutonium d'origine militaire doit aussi être recyclé dans les centrales nucléaires américaines. Hier, le français Areva et l'américain Shaw ont signé avec le ministère américain de l'Énergie un accord sur la construction en Caroline du Sud de la première usine de Mox (Mixed Oxyde Fuel, combustible contenant un mélange d'uranium et de plutonium) aux États-Unis.
Un sondage publié en mars par l'institut Pew Research montre que 44 % des Américains sont favorables à un plus grand recours au nucléaire, soit cinq points de plus qu'en 2005, tandis que la proportion des personnes hostiles est passée de 53 à 48 %.
«Nous voyons arriver des générations qui n'ont pas été marquées par Tchernobyl ou Three Mile Island [...] et à chaque augmentation des prix du gazole, on voit progresser le soutien au nucléaire», souligne Scott Peterson, porte-parole de l'Institut pour l'énergie nucléaire américain.
«À ce stade, l'idée qu'une renaissance du nucléaire est en route est prématurée», juge au contraire Michael Mariotte, directeur du Service d'information et de recherche sur le nucléaire (NIRS), pour qui «c'est de la pure folie d'envisager de nouveaux réacteurs alors que nous ne savons pas ce que nous allons faire des déchets provenant des réacteurs actuels».