La mort du moine

Publié le par Gilles et Calou

Alon Hilu


Alon Hilu, né à Jaffa, le 21 juin 1972, a toujours été attiré par le théâtre. Après des études d'Art dramatique à Tel-Aviv, il écrit de nombreuses pièces radiophoniques, tout en suivant des cours de droit. Écrivain et spécialiste reconnu du droit de la propriété intellectuelle, il est finaliste du prix Sapir. « La Mort du moine », son premier roman traduit en français, est couronné en Israël, en 2006, par le prix du Président.

 

À 16 ans, Aslan Farhi, fils aîné d’une riche famille juive de Damas est mal aimé de son père. Immature et nonchalant, il passe, depuis sa plus tendre enfance, la majeure partie de son temps possible avec sa mère qui lui prête ses plus belles robes et le maquille pour en faire une belle femme. Marié de force à la fille bigote d’un rabbin, il vit très mal cette situation et se réfugie dans les lieux de débauche de sa ville. C’est là qu’il rencontre Tommaso, un vieux moine lubrique qui l’initie au plaisir homosexuel. Une nuit, le moine succombe en plein sodomie d’Aslan. Pris de panique, celui-ci découpe le cadavre du moine en morceaux et le disperse hors de la ville.


Rapidement, la disparition du moine devient une affaire étrange et mystérieuse. Des rumeurs naissent parmi les populations chrétiennes et musulmanes selon lesquelles les juifs auraient perpétré, sur le pauvre moine, un meurtre rituel. Commence alors une suite d’événement qui va précipiter Aslan vers le monastère chrétien du Liban où, à la fin de sa vie, il va dicter ses mémoires à un jeune moine.


« La mort du moine » est un récit très lent construit de manière longue et lancinante afin de mettre en évidence les hésitations et le mal-être du narrateur. De plus, afin de restituer pleinement l’ambiance du XIX siècle, l’auteur a émaillé son récit de tournures hébraïques désuètes, fleuries et lyriques. On sent ainsi aisément l’atmosphère de Damas, opulente et riche, dans laquelle évolue cet être pâle et quasiment insignifiant qu’est Aslan. Ce style permet également de ressentir et de partager, au plus profond de soi, le dégout qu’Aslan a de lui-même.


Œuvre de fiction reposant sur des personnages ayant réellement existés, « La mort du moine » raconte l’« Affaire de Damas » où, en 1840, tous les juifs de Damas ont failli être éliminés et n’ont du leur salut qu’à la mobilisation des communautés juives d’occident.


La thèse développée dans ce récit constitue une interprétation libre d’Alon Hilu dans la mesure où, d’une part, cette affaire n’a jamais été résolue (le moine et son serviteur n’ont jamais été retrouvés), et que d’autre part, l’auteur introduit, dans son récit, l’homosexualité d’Aslan et de divers personnages clés. Cette interprétation serait, selon lui, la seule explication plausible à toute cette affaire…


On peut toutefois regretter, que les personnages homosexuels qui évoluent dans le roman soient tous présentés de manière négative : un vieux moine lubrique et pédéraste, un jeune homme sans aucune consistance ni réaction propre aux événements, un barbier homosexuel refoulé, un enquêteur qui se travestit pour chanter, danser et aller dans les hammams pour passer d’hommes en hommes…


On aurait pu imaginer qu’Aslan vive mal son homosexualité et comprendre que ce problème d’acceptation de soi figure à la source de tous les événements de l’histoire. Par contre, il est plus difficile d’admettre que l’homosexualité soit présentée, pour l’ensemble des personnages concernés, comme une tare ou quelque chose à cacher. Si on suit le point de vue développé par l’auteur, on est rapidement amené à penser qu’il n’y a pas d’homosexuel heureux. Même dans le contexte de l’époque, cela parait difficile à croire !


Un premier roman original dans la thèse soutenue, mais qui aurait pu positiver d’avantage l’homosexualité !

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