Parades

Publié le par Gilles et Calou

Parades de Bernard Souviraa

Né à Bordeaux en 1964, Bernard Souviraa a beaucoup écrit pour le théâtre. Il publie son premier roman en 2006, L’Œil du maître, dans lequel il abordait le thème de la découverte de l'homosexualité en explorant l'univers d'un adolescent tourmenté. Il nous revient aujourd'hui avec un second roman.

Dans Parades, un professeur d’une quarantaine d’années, Sébastien, se voit tout à coup contraint d'arrêter son cours, frappé de "sidération". Le voici envahi par le souvenir de Gabriel, un garçon qui, vingt ans plus tôt, se destinait à la carrière d’acteur et avait travaillé avec Sébastien comme répétiteur. Une forte amitié, née dans le vin et la fascination, s'était installée peu à peu entre les deux jeunes hommes, d’autant plus qu’ils travaillaient des textes violents et radicaux sous la férule d’une metteur en scène, diva déchue et intransigeante. Malgré leur relation intense,  il n'y eut jamais aucune ambivalence sexuelle entre les deux hommes puisque Gabriel s'épanouissait dans la drague de corps noirs sur les quais bordelais tandis que Sébastien demeurait chaste. Mais un jour, Sébastien avait décidé dans la violence de mettre un terme à sa relation avec le jeune Gabriel, au charme trouble d’artiste maudit, sous l'emprise duquel il se sentait pris. Mais saura-t-il jamais cicatriser cette blessure et apaiser cette frustration ? 
Telle est la réflexion presque inconsciente qui conduit notre héros à Porto où Gabriel se serait réfugié après une apparition remarquée dans un premier et unique film. Bernard Souviraa explore, dans ce nouveau roman, la relation qui unit deux jeunes hommes dans un lien fortement homosensuel. Cependant, l'homosexualité n'est ici qu'un prétexte à une passion qui se termine mal et ne peut se terminer que de cette façon. En effet, la relation si tumultueuse des deux héros est essentiellement boursouflée d'arrogance, de rébellion puérile et factice contre la bourgeoisie et de non-dits jamais évoqués. En fait, il y a beaucoup de souffrance, de frustration et de pessimisme dans ce drame dont les deux héros sont tout, sauf des militants de la cause gay. On peut d'ailleurs se demander si cette retenue de l'auteur n'est pas due à la peur d'aborder franchement le thème de l'homosexualité.
De plus, dans la mesure où c'est au travers du théâtre que les échanges naissent, se construisent et s'épanouissent entre les deux héros, ce roman se révèle finalement plutôt une réflexion philosophique sur l'écriture et le jeu des interprètes de l'écriture. On sent, d'ailleurs, l’auteur très à l’aise dans l'évocation de l’univers du théâtre, des acteurs, de leur travail et de leur psychologie. C'est ainsi que le style de l'ouvrage, parfois un tantinet scolaire et très structuré, alterne des passages poétiques, des scènes de théâtre, mais aussi des pages plus ennuyeuses où l'auteur s'est probablement retenu. Il est dommage en effet qu'il ne se soit pas laissé aller, dans son écriture, à la fougue et à la rébellion critique qui animent ses héros ! Au final, bien écrit et agréable à lire, Parades ne parle pas tant que ça d'homosexualité mais surtout de la jeunesse, de la mémoire inapaisée et des rivages de l'inaccompli que l'on est forcé d'aborder un jour ou l'autre…

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