Dans ce bistrot lyonnais, le client paie ce qu'il veut
Photo : JPK
CRISE - Pour lutter contre la crise et tenter de ramener les gens au restaurant, un établissement lyonnais propose à ses clients de payer ce qu'ils estiment être le "juste prix" pour le menu du jour. Selon Alain, le patron, le "Bistrot de Saint-Paul" est l'un des seuls en France à avoir importé ce concept venu d'Angleterre. Cela a en réalité longtemps existé à Paris au lendemain de 1968, notamment dans le 15e arrondissement où un vieux Corse proposait à ses clients d'aller payer directement dans la caisse, en fonction de leurs revenus. Il laissait avec chaque menu le coût de revient de chaque repas. "Au début, j'ai eu un peu peur que les clients laissent 1 euro ou quelques centimes mais c'était un risque à prendre", explique Chantal Madinier, la patronne du bistrot situé sur les quais de Saône, dans le Vieux-Lyon...
Durant la première semaine, le bouche-à-oreille a fonctionné. Puis, l'impact médiatique aidant, la clientèle a grossi les rangs, attirée par cette affichette sur la vitrine : "Avec notre menu "Au fil du jour" (1 entrée, 1 plat, 1 dessert, hors boisson), vous établissez vous-mêmes votre note et vous ne payez que ce que vous estimez le juste prix de votre repas". Depuis un mois, le restaurant, qui a conservé une carte "normale" à côté de ce menu anti-crise, fait une moyenne de 25 couverts le midi contre une dizaine auparavant. Soit "10% de clients supplémentaires et ça ne fait que progresser", se réjouissent les gérants.
Sur une ardoise, le menu, auparavant fixé à 14,50 euros le midi et 21,50 euros le soir, propose ce midi-là: tarte aux deux fromages ou velouté de lentilles aux châtaignes, tendron de veau dans son jus ou lotte à la crème de ciboulette, fromage blanc ou coeur fondant au chocolat. Michèle Rousselet, Denise Bonamour et Gilberte Gerin, trois octogénaires, sont ravies. Elle se sont "régalées"; et paieront chacune 16 euros.
"C'est original comme concept et ça correspond bien à notre époque qui a soif de liberté", estime Michèle. "On hésite moins à venir au restaurant car on sait qu'on ne fera pas une grosse dépense", ajoute Gilberte.
A côté, Robert Jacquet, venu avec sa petite-fille, assure qu'il reviendra. "C'était très bon, je trouve cette initiative très amusante". Il paiera 14,50 euros pour cette cuisine "très correcte".
"On voulait faire revenir les gens au restaurant, ne pas fermer et ne pas licencier nos quatre salariés", explique Chantal, pour qui il n'a jamais été question "de rogner sur la qualité ni la quantité". Seules trois additions ont atteint les 5 euros par personne, ce qui, pour Chantal, qui rentre juste dans ses frais avec 7 euros, est "normal, car c'est le jeu après tout". En moyenne, les clients laissent 16,50 euros le midi et 22 euros le soir, "soit plus que ce qu'on leur demandait auparavant!", s'amuse Alain Madinier, qui entend poursuivre l'expérience.
Ol.B. (avec AFP)