Les sinistrés et victimes d'AZF auront-ils le droit d'entendre Total et son patron ?

Publié le par Gilles et Calou

JUSTICE.


Le même patron de Total qui envoie ses avocats plaider la non recevabilité d’une plainte contre lui dans le dossier AZF n’avait pourtant pas hésité à se porter partie civile contre la sinistrée toulousaine Claire Poinas, laquelle avait, après l’explosion du 21 septembre 2001, envahi sa propriété familiale à Auxerre. 


Cette remarque faite à la barre par un des avocats des parties civiles demandant que Thierry Desmaret et son groupe pétrolier soient entendus pas le Tribunal résume l’audience de ce mercredi au procès de la salle Jean Mermoz.


D’un côté, l’avocat de la défense Jean Veil selon lequel Total et son patron ne peuvent être appelés à comparaître pour une pure raison de droit : ayant «déjà fait l’objet d’un non-lieu au moins implicite» et le droit n’autorisant pas en France à juger deux fois une personne pour des faits identiques, ses clients seraient donc hors du coup.

De l’autre, les avocats des parties civiles demandeuses de cette citation à comparaître qui contestent ce fait et plaident en se référant à d’autres lectures que celle du code de procédure pénale. Droit devrait être fait à ces parties civiles «pour éviter que l’impunité des uns rende plus insupportable encore la douleur des autres».


Et de citer le cas de cette «simple secrétaire» qui ne devrait pas être privée d’entendre «ne serait-ce qu’une fois» s’expliquer «ceux qui sont aux manettes». De citer aussi «ces instituteurs de l’école Papus» qui n’ayant pas les 750 euros de consignation exigés par la justice «se cotisent pour envoyer un parent d’élève porter leur parole». Ou encore cette étudiante qui ne devrait pas entrer dans la vie avec l’idée selon laquelle il y a la masse de «ceux qui subissent» et quelques puissants «qui feraient défaut».


«Il n’y a pas, en droit français, d’impunité de principe», dit-il encore, créant le silence autour de sa parole.


L’avocat de Total Jean Veil s’est expliqué : si Total et Desmaret ne sont pas présents à l’audience et n’entendent pas s’y rendre, ce n’est «pas un hold-up judiciaire, ni le résultat d’une pression du Grand Capital sur les juges».


Ce serait tout simplement qu’ils ne sont pour «rien» dans l’explosion du 21septembre 2001: Total s’est retrouvé propriétaire de l’usine AZF à la faveur d’une OPE en 1999. AZF était alors une filiale parmi 2.000 autres dans le monde, laquelle «va bien, distribue des dividendes à ses actionnaires et ne nécessite donc pas l’intervention». Les juges auraient, selon Jean Veil, estimé que Desmaret et son groupe étaient de ce fait «hors de cause».


Comment se fait-il, rétorque Simon Cohen, que les maisons-mères soient mises en examen dès que leurs filiales ou sous-traitants abusent de travail clandestin ou de jeux financiers et ne le soient pas dès lors qu’il s’agit de la vie des hommes ? «Le produit l’emporterait donc sur l’individu et la matière sur l’âme?» interroge-t-il dans de grands accents déclamatoires.


C’est un ex-salarié d’AZF qui conclut. Georges Abelan, 25 ans de travail sur le site dont 12 comme chef d’équipe dans l’unité des produits chlorés demande la citation de Total et Desmaret parce qu’ayant toujours travaillé avec une hiérarchie au-dessus de lui, il ne peut pas comprendre que le patron de son patron soit considéré comme a priori exonéré de toute responsabilité. La même justice pour tous, demande-t-il. Il dit aussi être là «au nom de tous (ses) camarades décédés»


Cette demande de citation est mise en délibéré à ce jeudi 14 heures.

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