Spike Lee à Montréal : la «trahison des ancêtres»

Publié le par Gilles et Calou

Spike Lee à Montréal : la «trahison» des ancêtres

Spike Lee à Montréal : la «trahison» des ancêtres

Spike Lee

PHOTO: PC 
Paul Journet

La Presse

Après Malcolm X, Spike Lee veut maintenant tourner un film sur trois autres personnages historiques: Jackie Robinson, Joe Louis et James Brown. Il attend seulement de trouver le financement nécessaire. Mais il ne songe pas à réaliser un film ou un documentaire sur le nouveau président américain.


«Tout le monde et sa mère le fait en ce moment. Et puis, je n'ai pas eu l'accès nécessaire», racontait le cinéaste hier, de passage à l'Université Concordia pour donner une conférence dans le cadre du mois de l'histoire des Noirs.


Pendant environ une heure, il a motivé son auditoire, notamment en insistant sur l'importance de valoriser l'éducation dans la communauté noire. Car beaucoup de travail reste à faire, croit-il. «Je souris encore quand je vois Barack à la télé. Je n'ai pas encore ressenti le réel impact de son élection. C'était une chose révolutionnaire. (...) Mais ne croyez pas à cette foutaise sur l'arrivée d'une ère postraciale, peu importe ce que cela signifie.»

La conférence, en anglais, s'intéressait avant tout au cas américain. «On y trouve encore plus de Noirs dans les prisons que dans les universités», déplore Lee, qui blâme en partie la dévalorisation de l'éducation dans sa communauté. «C'est le fléau du Acting White. Quand un Noir réussit, on l'accuse d'agir comme un Blanc. La réussite scolaire est ainsi sanctionnée socialement» (NDLR: Le phénomène américain est documenté par Roland Fryer, économiste de Harvard révélé par l'essai Freakonomics).


«Si tu parles un bon anglais et que tu obtiens de bonnes notes, on t'ostracise, déplore Spike Lee. On te traite de vendu, d'Oreo. Mais si tu fumes un gros joint, si tu bois un 40 onces en tâtant tes couilles et en criant Bitch!, t'es un gangsta, un vrai. Ce que ces gens oublient, c'est qu'ils restent des putains d'ignorants.»


Lorsque Lee habitait à Brooklyn, la réussite scolaire était perçue positivement. La chose aurait changé avec l'épidémie de crack, soutient le réalisateur de 51 ans. Il blâme aussi une certaine mouvance hip-hop. Cela constitue à ses yeux une trahison «criminelle» des générations précédentes.


«Durant l'esclavage, si on te surprenait à lire ou à enseigner, on te fouettait, castrait ou pendait. Les mauvais jours, on faisait les trois en même temps. Malgré tout, des esclaves risquaient leur vie.


«L'éducation était la clé de leur libération, ils le savaient. Alors pourquoi l'abandonne-t-on aujourd'hui?»

L'éducation importe beaucoup dans la démarche de Spike Lee. En 1977, il découvrait sa vocation en filmant la «richesse de l'expérience afro-américaine», celle qu'il voyait de sa fenêtre à Brooklyn, mais pas à la télé ou au cinéma.


Le travail n'est pas terminé, estime celui qui enseigne aujourd'hui à la New York University.


«À part quelques exceptions comme Denzel (Washington) et Will (Smith), les acteurs noirs sont confinés à des rôles stéréotypés - des comiques ou des voyous. C'est encore pire pour les filles. Faut que ça change.»

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