Vaccin prometteur contre le sida

Publié le par Gilles et Calou

Pauline Gravel

Une nouvelle approche vaccinale permettant de prévenir le sida a déjà donné des résultats si prometteurs chez le singe que les autorités européennes ont accordé au concepteur l'autorisation de procéder à des essais cliniques chez l'humain.Un chercheur québécois travaillant en Suisse pour la société de biotechnologie Mymetics a présenté la semaine dernière les résultats préliminaires, mais néanmoins très prometteurs, d'un vaccin préventif contre le sida à la 16e conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes qui s'est tenue du 8 au 11 février à Montréal.


Mymetics est une petite société de biotechnologie dont les projets de recherche sont réalisés dans des laboratoires universitaires dirigés par des scientifiques, comme la docteure Morgane Bomsel de l'Institut Cochin à Paris qui est reconnue pour avoir découvert le mécanisme de transcytose, un des mécanismes par lesquels le VIH traverse la muqueuse vaginale.


Le vaccin mis au point par Mymetics et ses collaborateurs induit la production d'anticorps de part et d'autre de la muqueuse vaginale. Au niveau des sécrétions vaginales, ces anticorps neutraliseront le virus avant même qu'il ne traverse l'épithélium vaginal. De l'autre côté de l'épithélium, ils empêcheront les virus qui auront réussi à franchir la muqueuse vaginale d'infecter leurs premières cellules, les lymphocytes T CD4, car une fois que le virus est parvenu à infecter ses premières cibles, celles-ci migrent dans les ganglions où de nouveaux virus sont produits et se dissémineront par la suite dans l'organisme, a expliqué Sylvain Fleury, directeur scientifique de Mymetics.

«Notre vaccin permet d'intervenir sur les événements très précoces de l'infection, contrairement aux autres approches vaccinales explorées jusqu'à maintenant qui agissent surtout sur les événements tardifs au moment où les virus ont déjà envahi les ganglions. De plus, notre vaccin induit à la fois la production d'anticorps muqueux (dénommés IgA) et d'anticorps circulants (IgG) qui se retrouvent surtout dans le sang et qui pourront agir sur les virus qui seront parvenus à rejoindre les ganglions. Les approches vaccinales expérimentées jusqu'à maintenant se sont quant à elles concentrées sur les anticorps circulants et ont négligé les anticorps muqueux.»

Vecteur inerte


Le nouveau vaccin est constitué d'un vecteur inerte, appelé virosome, auquel on a greffé des morceaux de la protéine GP41 présente à la surface du virus et «qui a l'avantage d'être conservée à travers les multiples transformations que subit le virus». «Nous nous sommes inspirés de ces hommes et de ces femmes qui sont naturellement résistants au VIH et dont un bon nombre avaient dans leurs muqueuses des anticorps IgA dirigés contre la protéine GP41», a précisé Sylvain Fleury.


Ce vaccin a été injecté à cinq macaques d'une espèce chinoise. On a ensuite administré des VIH (tous les quatre jours pendant deux mois) dans le vagin des singes vaccinés ainsi que dans celui de six singes servant de témoins. On a ensuite surveillé si le virus faisait son apparition dans le sang de ces animaux. Chez les singes qui n'avaient pas été vaccinés, on a vu surgir entre 1 et 10 millions de copies du virus par millilitre (ml) de leur sang. Par contre, parmi les macaques immunisés, un seul a été infecté par le virus, mais de façon transitoire.

«Tout au plus 800 copies du virus par ml de sang [soit environ 10 000 fois moins que chez les non-vaccinés] ont été mesurées chez ce singe avant de disparaître à un niveau inférieur au seuil de détection de la technique (qui se situe à 200 copies par ml) pendant les six mois suivants. De plus, cet animal n'a pas développé d'anticorps contre le virus, ce qui est une preuve que l'animal n'a connu qu'une virémie locale et circonscrite. Cela laisse entendre qu'il a réussi à neutraliser le virus. On peut donc penser que si les gens vaccinés sont infectés, ils pourront contrôler le virus et le maintenir à des taux tellement faibles qu'ils ne seraient pas infectieux et seraient des porteurs sains», a indiqué le chercheur.


Grâce à ces bons résultats, Mymetics a reçu le feu vert des autorités belges pour procéder à des essais cliniques chez l'humain, des femmes saines en l'occurrence, chez lesquelles on évaluera la tolérance au vaccin et on tentera de détecter la présence d'anticorps muqueux.


Mymetics prévoit de procéder sous peu à de nouvelles expérimentations aux États-Unis chez une espèce indienne de macaques plus couramment employée dans les recherches. Ils espèrent confirmer l'efficacité de leur vaccin à la suite d'une exposition intravaginale, mais aussi intrarectale au virus.


Selon un spécialiste des vaccins contre le VIH, le chercheur de l'Université de Montréal, Rafick-Pierre Sékaly, l'approche mucosale exploitée par Mymetics suscite l'intérêt de groupes de plus en plus nombreux.

«Si on arrive à contrôler le virus à cette première porte d'entrée que sont les muqueuses, on aura fait un grand pas en limitant la possibilité qu'il se dissémine. Les résultats de l'équipe de Mymetics semblent très prometteurs, mais demandent à être confirmés chez des modèles -- de singes -- plus conventionnels afin que leurs résultats puissent être comparés à ce que tous les autres ont fait», a-t-il commenté.

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