Un aspect étonnant du Dalai-Lama... (suivi du commentaire d'un moine résidant au Canada)
Près de 100 000 réfugiés tibétains vivent en Inde. Un exil qui a commencé en 1959 lorsque le premier d'entre eux, le dalaï-lama, a fui le Tibet après l'invasion chinoise. Près de cinquante années plus tard, une scission semble apparaître au sein de la communauté tibétaine bouddhiste.
D'un côté, les fidèles du dalaï-lama et du culte traditionnel qu'il incarne. De l’autre, les adeptes du culte Dorjé Shugden, une déité du bouddhisme traditionnel tibétain que le dalaï-lama considère comme un démon. Ces derniers ne croient plus en leur leader spirituel et sont ostracisés par leurs pairs.
Derrière la divergence spirituelle, un enjeu politique : les Shugden sont ouvertement accusés par le dalaï-lama de soutenir la Chine et de trahir la cause tibétaine. Des adeptes mis au banc
"Regardez ce qui est écrit : les pratiquants de Shugden n’ont pas le droit de rentrer dans ce magasin", se lamente Delegtang, un moine shugden. Depuis deux mois, à Balykoppe, son village de réfugiés tibétains du sud de l'Inde, toutes les portes lui sont fermées, à lui et aux membres de sa communauté.
"J’ai fait le serment auprès de sa sainteté le dalaï-lama de ne plus avoir aucun lien avec les pratiquants shugden, ils font du mal à la cause tibétaine", assène une commerçante.
"Le dalaï-lama est notre seul pilier, il est la seul personne sur qui l'on puisse compter", explique un moine fidèle à son chef spirituel.
En quelques mois, la ville a mis au banc une partie de sa population. Les moines shugden ne peuvent en effet plus entrer dans les commerces, les lieux publics et même dans les hôpitaux. Dans les rues, on peut voir les portraits de leurs leaders placardés sur les murs, comme des hors-la-loi.
Un discours violent du dalaï-lama
Le 7 janvier, le dalaï-lama a prononcé un discours d’une rare violence dans une université du sud de l’Inde. Devant des centaines de moines, il a fermement condamné le mouvement shugden et ses adeptes. "Je n’ai pas interdit les Shugden pour mon propre intérêt, j’y ai mûrement médité et réfléchi en mon âme et conscience."
Quelques semaines après le discours du dalaï-lama, les moines shugden ne pouvaient plus entrer dans les monastères. Le début, peut-être, d'un schisme qui pourrait exclure les quatre millions de Tibétains adeptes de cette religion.
Les moines récalcitrants se regroupent désormais à l'écart des lieux de culte. Ils sont vus comme des rebelles, des traîtres, qui ont tourné le dos à leur maître spirituel.
A la question "le dalaï-lama va-t-il vraiment réussir à interdire une religion ?", les moines répondent catégoriquement : "Il n’y arrivera pas parce que nous sommes dans le vrai". "D’un coté, le dalaï-lama parle tout le temps de liberté de religion et de compassion et, de l'autre, il nous interdit de pratiquer notre religion et nous chasse des monastères. C'est incohérent, on ne croit plus du tout en lui", témoigne l’un de ces moines.
Soupçons sur le dalaï-lama : ses démons seraient-ils plus politiques que spirituels ? Réponse à Dharamsala, au nord de l'Inde – le fief du dalaï-lama. C'est là qu'il vit, dans ce monastère, depuis qu'il a fui le Tibet, il y a 50 ans. C'est aussi là que siège le gouvernement tibétain en exil. Pour le Premier ministre, les Shugden sont avant tout des ennemis politiques, des ennemis de l'intérieur.
Amitiés chinoises
"Ils sont prêts à tuer n’importe qui, à frapper n’importe qui", affirme-t-il. Les Shugden, des assassins, mais surtout traîtres politiques à la solde des Chinois, selon les proches du dalaï-lama. "Les Shugden et les Chinois sont liés, c’est évident, poursuit-il. Les pratiquants shugden sont tous financés par les Chinois."
Le chef de la sécurité nous montre la photo d’un Shugden très influent. "Il a visité la Chine au moins deux ou trois fois, nous explique-t-il. Il est utilisé par les Chinois à des fins politiques."
Nous avons retrouvé l'homme figurant sur la photo. Il vit dans le sud de l'Inde, entouré d'une dizaine de disciples.
Il vient de déposer plainte contre le dalaï-lama devant la Haute Cour de justice indienne pour persécution religieuse. Il nie travailler pour le compte de la Chine mais ne pas cache son amitié pour le pays. "J’apprécie beaucoup les Chinois et j'approuve ce qu’ils sont en train de faire au Tibet", dit-il. Et d'ajouter "ce que nous sommes en train de vivre avec le dalaï-lama laisse facilement imaginer ce que pouvait être dans le passé son régime théocratique au Tibet. C'était beaucoup plus violent que ce que vivent aujourd'hui les Tibétains."
En Inde, les fidèles shundgen sont aujourd'hui obligés de se cacher. Derrière cette chasse aux Shugden : la peur de l'infiltration chinoise dans les rangs des réfugiés tibétains. Cette fissure pourrait s’avérer dangereuse dans le combat pour l'autonomie du Tibet.
réactions par Pagchen - Canada
Merci pour les questions importantes que soulève cet article, étant moi même un moine bouddhiste qui s'en remet entre autre au protecteur du dharma Dorje Shugden depuis plus de dix ans, je pense que ce que le Dalaï Lama impose par ses commentaires et ses restrictions sur cette pratique est extrêmement néfaste et inacceptable. Créer un shisme au sein de la communauté spirituelle bouddhiste pour des motivations politiques m'attriste au plus haut point. Il est facile de dire que les chinois sont derrières tous ceux qui remettent en question ses décisions, pour ma part, je sais qui a défrayer les coût de mon déplacement pour aller manifester pacifiquement mon désaccord avec sa politique de division: c'est moi-même ! Et je ne ne suis pas chinois !! Il ne s'agit pas d'un geste politique, mais un cri du coeur: 'j'ai le droit de pratiquer ce que mon maître m'a transmis sans subir de préjudice par les disciples du Dalaï Lama'.
Cette pratique m'aide à pratiquer le bouddhisme, augmente ma foi en les trois joyaux et m'aide à calmer mon esprit en tout temps. Je ne vois aucune raison valide dans les arguments du Dalaï Lama pour briser le lien avec ma tradition, mon maître et Bouddha Dorje Shugden.
Depuis des années, les fervents du Dalaï Lama entachent sans retenues les pratiquants de Dorje Shugden. Pourquoi? Quelle est leur intention de nuire à des pratiquants sincères qui s'entraine au refuge, au renoncement, à la compassion et la sagesse et qui pour ce faire s'en remettent aux déités qui sont suggérées par leur maître et leurs maîtres précédents ? Votre maître vous demande-t-il de vous engager dans ces actions ?
Et même si nous étions dans l'erreur, en quel nom peuvent-ils agir ainsi? Vont-ils aussi s'attaquer par la suite à tous les autres qui ne pensent pas comme eux? Dans quel Soutra, Bouddha donne-t-il le droit de mettre de côté certains êtres vivants parce qu'ils pensent différement de nous? Dans quel Soutra donne-t-il l'autorité au Dalaï Lama de discerner ce qui est bouddhiste de ce qui ne l'est pas ?
Ce sont des questions importantes qui devront tôt ou tard trouver autre réponse que : ' ce sont des vilains subventionnés par les chinois'.
Pardonnez svp mon emportement. Et je dédie mon mérite pour que la religion soit libérée de tout esprit politique et que chacun trouve la paix intérieure.