Hôtel de Dream
Hôtel de Dream
Edmund White
Né à Cincinnati, Ohio le 13 janvier 1940, Edmund White fait des études de chinois à l'université du Michigan. Il s'installe ensuite à New York où il travaille pour Time-Life Books. Avec six autres écrivains gays, ils fonde «The Violet Quill», sorte de club de lecture où ils lisent et critiquent leurs propres oeuvres. De 1983 à 1990, Edmund White vit à Paris, et, à son retour aux Etats-Unis, trouve le cercle de ses amis décimé par le SIDA. Lui-même ne cache pas sa séropositivité.
Si ses ses premiers romans sont remarqués par la critique, ce n'est qu'avec sa tétralogie autobiographique qu'il attire un large public. Critique littéraire et culturel, il a publié des livres sur la culture gay dont «Gay Short Fiction», une anthologie critiquée, en 1991, parce qu'elle ne présente aucun auteur noir. Biographe, il a consacré un ouvrage à Jean Genet en 1993 et un autre à Marcel Proust en 1998.
Edmund White est membre de l'«American Academy of Arts and Letters», de l'«American Academy of Arts and Science», et, en France, Officier de l'Ordre des arts et des lettres.
Ce nouveau livre «Hôtel de Dream» présente, en fait, deux histoires imbriquées l'une dans l'autre : celle de Stephen Crane et celle d'Elliott.
Stephen Crane est, en 1900, un jeune écrivain hétérosexuel qui se meurt à petit feu de la tuberculose. Sa compagne, Cora, ancienne propriétaire, en Floride, d'un bordel appelé l'Hôtel de Dream, décide de l'emmener en Bavière afin de le guérir, par ce changement d'air et de conditions de vie. Sentant ses heures comptées, Crane commence à dicter à Cora un roman racontant l'histoire d'Elliott, prostitué new yorkais qu'il a rencontré quelques mois plus tôt.
Dans ce roman à l'intérieur du roman, Eliott qui s'est enfui de la ferme paternelle pour échapper aux violences et aux viols par son père et ses frères, vend des journaux le soir à la sortie des spectacles. Homosexuel, il se prostitue également et c'est à cette occasion qu'il rencontre Théodore Koch, banquier respectable qui perdra tout par passion pour ce «garçon maquillé». Mais le jeune homme a un autre «protecteur», chef de la «main noire» qui, jaloux, sème la catastrophe dans la vie de Theodore et par conséquent, d'Elliott.
A la mort de Crane, Cora confie le manuscrit à Henry James pour qu'il le termine, selon les dernières volontés de son auteur. Henri James préfère brûler ce roman «honteux».
Ce livre, bien construit, au style fluide très agréable, présente deux points importants. D'une part, il permet de découvrir Stephen Crane, auteur américain controversé, emporté par la maladie à l'âge de 28 ans, alors qu'il présentait de très fortes potentialités littéraires pour l'époque. Edmund White rédige, ainsi, une quasi biographie, tant son roman est documenté et bien construit.
D'autre part, il nous initie au milieu homosexuel new-yorkais du début du vingtième siècle ; milieu à la fois populaire et pitoyable ou bourgeois et timoré. Il nous présente, ainsi, des marins travestis qui assument uniquement leur homosexualité dans une caricature de féminité, des banquiers bourgeois qui cèdent aux avances de jeunes garçons tout en ayant honte de leur vraie nature et de leur passion, des mafiosi sans scrupules que la jalousie pousse à toutes les extrémités… Au-delà de ces personnages intéressants et touchants par le détail de leur descriptions, on sent, dans chacune des pages, la tendresse qu'éprouve Edmund White pour ce milieu et cette période.
Bref, un «roman gigogne» intéressant dans lequel le lecteur est inévitablement conduit à se demander si Crane n'était pas, malgré son hétérosexualité affichée et revendiquée, lui aussi fasciné par «ces garçons maquillés»...