La ligne de beauté

Publié le par Gilles et Calou

Alan Hollinghurst

Alan Hollinghurst, né en 1954, a collaboré au prestigieux Times Literary Supplement, de 1982 à 1995. Son premier roman, The Swimming-Pool Library, publié en 1988 en Grande-Bretagne, est rapidement devenu vite un livre culte. Couronné en 2004 par le Booker Prize, «La ligne de beauté» est considérée comme un chef d'œuvre de la littérature anglaise contemporaine et il est en cours d’adaptation pour la BBC.

Nick Guest, jeune fils d’un modeste antiquaire anglais, fait de brillantes études à Oxford et, au début des années 1980, s'installe, à Londres, dans une petite chambre de l'hôtel particulier des Fedden, les parents fortunés de Toby, un de ses amis d'Oxford sur lequel il a toujours eu des phantasmes non assouvis. Peu à peu, de locataire qu’il était initialement, il entre dans l'intimité de la famille et côtoie la grande bourgeoisie londonienne.

En même temps, il découvre le sexe et l’amour dans les bras de Léo, un employé municipal noir, puis dans ceux d’un collègue d’Oxford, Wani, le fils d'un magnat libanais. Il s’en suit une débauche de pouvoir, de sexe et de cocaïne... Mais quelques années plus tard, le sida fait des ravages, Nick est rattrapé par son destin et il voit le monde auquel il avait cru appartenir, le rejeter, avec dégoût,  aussi rapidement qu'il l'avait accueilli.

Dans cet ouvrage, l’auteur, Alan Hollinghurst nous offre une description brillante et puissante des mœurs de la bonne société anglaise de l’époque de Madame Thatcher. On croirait presque que rien n’a changé depuis l’époque décrite dans le roman de Forster «Maurice» parce que cette «nouvelle bourgeoisie» britannique (les Tory, c’est-à-dire les conservateurs anglais) ne pense qu’à gagner de l’argent et jouir de l’instant présent, dans la certitude aveugle que rien ne changera jamais. Sauf que... cette époque est également celle d’une certaine libération, entre autre sexuelle. C’est ainsi que la «ligne de beauté» n’est pas seulement d’ordre esthétique, elle symbolise aussi la coke et fait référence aux menaces qui planent sur la communauté gay : la drogue et le Sida

Et c’est ce «détail» qui dérange toute cette société permettant à l’auteur d’en dresser un portrait sans complaisance et d’une étonnante acuité psychologique pour ses ambitions et ses valeurs. Bref, il s’agit d’une satyre typiquement british. A cet égard, on peut noter que le livre est construit sur un jeu de mot puisque le héros s’appelle Nick Guest et que Guest signifie invité en anglais ; ce que Nick restera d’ailleurs toujours dans ce monde-là.

Bien que ce livre soit très agréable à lire, il présente toutefois quelques longueurs et le dénouement intervient très rapidement dans les 40 dernières pages d’un livre qui en compte 530. On pourra aussi regretter que la transition entre l’histoire avec Léo et celle avec Wani se fasse simplement par un changement du numéro de chapitre, aucune explication n’étant fournie pour le passage de l’un à l’autre comme s’il s’agissait d’éléments accessoires de l’histoire.

Portrait d’un naïf, satire d’une caste et tableau d’une époque... bref, un livre à lire, mais pas uniquement pour sa dimension gay.

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