Le diable et daniel silverman
Théodore Roszak
Né en 1933, Théodore Roszak est professeur d'histoire, sociologue, essayiste et romancier. Il a publié dix-huit livres dont, entre autre, «Vers une contre-culture», «L'Homme planète», «Le culte de l'information», «The Gendered Atom», «Flicker», «La conspiration des ténèbres», «Les mémoires d'Elisabeth Frankenstein»…
Il a popularisé la notion de Contre-culture en 1969 dans son livre «The making of Counter Culture» et fondé l'écopsychologie, sorte d'humanisme écologique développé dans son ouvrage «The Voice of the Earth» paru en 1993.
Son nouveau livre raconte l'aventure de Daniel Silverman, auteur de romans, qui n'a rien publié depuis 20 ans et dont les seuls revenus proviennent de conférences, d'atelier d'écriture… Or, un jour, il reçoit une invitation du «Faith College» pour donner une conférence sur l’humanisme juif dans la littérature. Si le déplacement à effectuer dans une bourgade perdue du Minnesota et la rencontre avec un public de fondamentalistes religieux ne l'enchantent pas, la somme promise est un appât puissant qui parviendra à le motiver. Aussi accepte-t-il ce voyage.
Arrivé sur place, en pleine tempête de neige, il découvre qu'il va devoir présenter sa conférence devant les membres d'un collège d'extrémistes religieux, dirigés par Madame Bloors, une femme à la moralité figée à l'époque de l'Inquisition. Là, choqué par les commentaires et l'accueil qu'il a reçu de Mme Bloors, au lieu de présenter la conférence annoncée, il improvisera une conférence sur l’Holocauste qu'il terminera par l'aveu de son homosexualité…
Seul petit imprévu, la tempête fait rage et tous les moyens de communication sont interrompus pour plusieurs jours. Il s'en suivra, pour notre héro, une série d'aventure ou se mêlent le sordide, les tentatives d'exorcisme ou de conversion religieuse…
Le thème du livre peut parfois freiner la fougues des lecteurs parce qu'il n'y a rien de palpitant à suivre les états d'âme d'un auteur sans succès devant donner une conférence pour payer ses factures. Il ne faut, toutefois, pas rester sur cette première impression…
En effet, rapidement, on est pris par l'émotion qui étreint le héros quand il rencontre les personnes l'ayant invité, des intégristes et fondamentalistes religieux. Ceux-ci vont tenter de brimer sa liberté d'expression, voire de nier ce qui constitue son identité fondamentale. Cela va contraindre le héro à réagir, presque par devoir de mémoire et d'identité, et à s'exprimer en assumant, avec fierté, son discours.
Deux exemples significatifs illustrent bien cela :
- le héro pense que finalement que si la religion condamne l’homosexualité, c’est simplement que les gays croquent la vie à pleine dent et jouissent de tous les plaisirs possibles. Or, pour beaucoup de religions, jouir du plaisir est un pêché dont il convient de se repentir pour ne pas finir en enfer. Et ce pêché est bien plus grave que l'acte physique que peuvent commettre ensemble deux hommes ou deux femmes.
- quand on lui demande quel est le plus beau morceau de littérature juive, le héro répond qu'il s'agit du numéro tatoué en bleu sur le bras de tante. En effet, ce numéro tatoué dans un camp de concentration nazi constitue à la fois ce qu’il y a de plus beau et de plus triste dans l’histoire du peuple juif, c'est-à-dire la preuve physique et vivante de l’existence des camps de la mort mais aussi l’amour de la vie des personnes qui ont pu y survivre.
S'il s'en suit de fortes «confrontations théologiques» et des joutes verbales où l'humour et la sensibilité sont toujours très présents. En fait, ces échangent nous incitent à réfléchir sur la manière dont, personnellement, on aborde ou on assume ces deux sujets.
Ce livre est un flamboyant réquisitoire contre l'intolérance et une invitation brillante à oser dire ce que l'on est et d’où on vient, le tout étant présenté avec beaucoup de sensibilité et d'émotion. Bref, un livre un peu difficile à entreprendre, mais que, rapidement, on ne peut plus lâcher !